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Les tribulations d'Éric Dubois- Journal.

TEXTES DE JUSTINE NEUBACH - VASES COMMUNICANTS DE NOVEMBRE 2011

4 Novembre 2011, 00:00am

Publié par ERIC DUBOIS

 

 

DES ERRANTS

 

 

 

Il y a toujours, au fond des villes, ce même ruban de trottoir qui rampe autour des bâtiments.
On l'a fait large exprès pour supporter du monde. Dessus, les gens lancent droit leur pas, ils ne débordent pas, chacun connaît d'avance un fil ténu qu'il suit sans perdre l'équilibre.

Mais on n'a pas prévu de trottoirs pour les danseurs d'angoisse, ceux dont les apparences placides décollent comme la foudre à la moindre toux de diesel.
Et ça les jette à droite, à gauche, dans des écarts soudains que tantôt le crépis recueille, ou tantôt la chaussée. Quelquefois des cris et klaxons.

Ces êtres marchent en tension entre deux terreurs contraires qui ne tiennent pas sur le trottoir. Ils vivent dans une autre amplitude ; ce bas-monde étriqué les plie.

On les entend parfois fredonner pour eux-mêmes un air qui porte à la vaillance.
Cela n'abat pas leur peur, mais ils y puisent une énergie qui les pousse à continuer
le même chemin
en dents de scie
partout cogné
qui va vers où.

* * *


Ils remontent vers la terre ancienne où les corps n'étaient que des corps
La démarche habitée de vent
Ils ont des siècles de caresses en attente sous leur peau friable
Ce sont des visages lointains, les yeux toujours levés au ciel ou perdus dans un vague étrange qu'ils semblent regarder
Une légère buée les habille
On les sent toujours en exil parmi les choses humaines
Sans s'en douter, ils nous glissent parfois du cœur ; on ne peut pas les embrasser
Ils sont tout à la fois des paysages et des désirs
Ils tombent sans cesse du trottoir, ils ne voient pas la ville, lorsqu'on les ramasse ils racontent qu'il y a partout des lumières floues qui se rencontrent et se pénètrent,
Et ce sont des gens incertains dont les gestes jaillissent avant eux
qui ne peuvent que se constater dans cette chorégraphie pleurée à laquelle ils rêvent d'échapper.

Ils aimeraient arriver mais ils seront toujours en route.
Leur vie n'a lieu qu'à mi-chemin.

* * * 


Tous ces gens tassés dans un coin, sont des boules de papier. Ils ont la peau fripée, la mine blême, le recto plaqué au verso comme une claque sur des plaies vives.
Le monde s'imprime en eux au stylo-griffe et les déchire.
Lorsqu'on leur serre la main, elle se froisse sans bruit sur le vide qui la gonfle.
Ils sont plus légers que des songes.

 

 

JUSTINE NEUBACH

 

 

 

Mini-notice : Justine Neubach est née en 1988. Elle étudie actuellement la philosophie aux universités de Metz et du Luxembourg. L'une de ses nouvelles, « Dans sa robe de marée », a été publiée en recueil collectif (juin 2011) chez Jacques Flament Editions.

 

 

Vous trouverez sur le blog de Justine Neubach "Textes, lectures et images" : http://justineneubach.fr/   un texte d'Eric Dubois ( à la date du 4 novembre 2011) dans le cadre des Vases Communicants de Novembre 2011.

 

 

Plus d'infos sur les Vases communicants :

 

http://www.liminaire.fr/spip.php?article1148

 

La listes des blogs participant aux Vases Communicants de Novembre 2011

 

http://rendezvousdesvases.blogspot.com/2011/10/liste-novembre-guillaume-vissac-httpwww.html

Commenter cet article

@L_imature 06/11/2011 19:42



Cela peut paraître bête, mais votre texte me fait songer à une vidéo, avec deux sachets en guise de protagoniste. Deux sachets dansant avec le vent, poétique, atypique.......tout comme vos
quelques lignes....