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Les tribulations d'Éric Dubois- Journal de poésie animé par Eric Dubois.

TEXTE DE SABINE NORMAND- LES VASES COMMUNICANTS DE SEPTEMBRE 2013

5 Septembre 2013, 23:00pm

Publié par ERIC DUBOIS

Ce mois-ci , dans le cadre des Vases Communicants , le blog "Les tribulations d'Eric Dubois " accueille un texte de Sabine Normand   ( merci à elle ).

 

 

 

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Ce texte est né de la découverte de l'œuvre photographique d'Arno Rafaël Minkkinen, aux Rencontres photographiques d'Arles 2013.

 

 

 

 

 

 

Au début, ce n'était qu'un jeu.

 

Je voulais être arbre, libellule, tronc.

Je voulais faire corps. Disparaître.

Etre écorce. Eau.

 

Ce n'était qu'un jeu.

 

Ça a commencé un matin où je me promenais au bord du lac, près de chez moi. Je venais souvent méditer au bord des eaux calmes quand il n'y a pas encore de bruit ou si peu.

 

Il n'y avait personne. J'ai eu envie soudain de me déshabiller. De toute façon, je n'avais jamais été pudique. Jamais eu honte de mon corps. Il était long et maigre, et alors ?

 

J'ai laissé tomber tous mes vêtements sur la rive. Je me suis approché doucement de l'eau. J'ai trempé doucement les pieds. L'eau était fraîche. J'avais envie de m'y enfoncer, de la sentir parcourir chaque centimètre de peau.

Elle fut vite autour de mes bras, de mon torse. De ma nuque.

J'ai mis la tête sous l'eau. J'ai laissé les yeux fermés.

A peine l'eau bougeait - elle autour de moi. J'ai nagé un peu. Pas longtemps. Puis je suis resté immobile je ne sais pas combien de temps.

Quand le soleil a été trop fort au-dessus de ma tête, je suis parti.

 

Et ainsi tous les jours. Tous les matins. Avant que le soleil ne se lève.

J'allais toujours au même endroit.

Un matin, j'ai pris machinalement un appareil photo. J'ai commencé à me photographier. Je ne fais jamais de photos d'habitude.

J'ai posé l'appareil au bord de l'eau et j'ai attendu que ça se déclenche, que la prise soit faite.

Une tous les jours, depuis la rive.

 

Puis j'ai eu envie de mettre la tête sous l'eau et de prendre la photo comme ça. C'était beaucoup plus rigolo. Ça m'a demandé un certain temps avant de mettre au point le procédé. Je n'étais jamais assez rapide. ça bougeait trop. On voyait les mouvements de l'eau autour de moi et ça je ne voulais pas. Je voulais que tout soit calme, que tout soit immobile. Pas même une risée. Rien.

Beaucoup de travail.

Mais j'y suis arrivé. Je ne dirais pas comment.

Je raconte, c'est tout.

 

Puis j'ai voulu qu'on me voit de beaucoup plus près, sur la photo. Parce que, depuis la rive, c'était trop loin. Je n'avais pas le temps de zoomer et d'aller dans l'eau.

 

J'y passais de plus en plus de temps tous les matins. J'ai dû arrêter de travailler. Je n'avais plus le temps de tout faire. L'après-midi, je développais les photos, je réfléchissais à de nouveaux procédés et idées.

Je mangeais moins. Je voulais que mon corps devienne comme une liane.

C'était beaucoup plus beau pour les photos.

Avant ça, je ne m'y étais jamais vraiment intéressé.

Il n'était pas beau, je le savais. Trop noueux, trop maigre.

 

J'ai fabriqué un système pour que l'appareil puisse tenir au dessus de l'eau et que rien ne vienne troubler la mise au point.

A partir de ce jour là, je me suis beaucoup amusé.

On aurait dit un insecte sur l'eau, que je déplaçais au gré de mes envies et de mes idées. Ou lubies, aurait dit ma femme.

Parce que je suis marié. Au début, elle ne me suivait pas. Maintenant, oui. Faut dire que j'y passais tous mes week-ends et vacances.

 

J'ai commencé à varier les plans. ça devenait sans fin. Un bras en l'air en train de tenir un objet, au-dessus de l'eau, comme sortant des profondeurs, ou bien une jambe formant un angle droit. Ou les deux bras, seuls, comme détachés du corps.

 

Un jour, une longue branche a traversé le lac devant moi. Je l'ai attrapée. Je l'ai tenue à bout de bras, longtemps. J'ai déclenché à distance.

Je faisais partie de la nature désormais. Et elle m'offrait des cadeaux que j'étais seul à percevoir.

 

Certains jours, je partais marcher, seul, en forêt. Je dormais longtemps au pied de certains arbres que je sentais réceptifs.

Je sentais bien que je m'éloignais des Hommes. Ma femme aussi. Alors elle est venue avec moi. Pour comprendre. Pour jouer ensemble.

Nous marchions parfois des heures, nus, dans la forêt, ou bien dans l'eau. Je redécouvrais son corps et elle le mien.

Je la faisais poser dans l'eau avec moi dans le lac. On ne voyait qu'elle, son visage, ses yeux, ses seins. Je l'entourais de mes bras, de mes mains, comme si c'étaient des branches.

 

Nous rentrions le soir exténués mais heureux.

 

 

 

SABINE NORMAND

 

 

Plus d'infos  :

 

 

 

 

 

 

Vous trouverez sur le blog de Sabine Normand  "Sur la terre comme au ciel"   : 

 

un texte d'Eric Dubois ( à la date du 6 Septembre  2013 ) dans le cadre des Vases Communicants de Septembre  2013  .

 

 

 

  Lire le texte  ici  .


 

 

Plus d'infos sur les Vases communicants :


 

 

 

 

 

http://www.liminaire.fr/spip.php?article1148

 


 

La listes des blogs participant aux Vases Communicants de Septembre 2013 :

 


 

 

 

 

 

 

 

  http://rendezvousdesvases.blogs  

 

 

 

 

 

PRINCIPE DES VASES COMMUNICANTS :

 

 

http://www.facebook.com/group.php?gid=104893605886

 

« …pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre ? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites… ».( François Bon)



 C'est le principe des vases communicants, un texte de l'un chez l'autre, un texte de l'autre chez l'un.
Les premiers auteurs à l'avoir fait sont François Bon avec son blog Tiers Livre et Jérôme Denis du blog Scriptopolis.

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François Le Niçois 06/09/2013 19:07


Merci de ce texte d'autant plus touchant que je m'intéresse de près aux arbres et à leur écorce ces temps-ci.