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Les tribulations d'Éric Dubois- Journal.

TEXTE DE CAMILLE PHILIBERT- LES VASES COMMUNICANTS DE JANVIER 2013

4 Janvier 2013, 00:00am

Publié par ERIC DUBOIS

funambule aveugle sur une ligne de crête

 

 

Il s’accroupit au bord d'une flaque au lieu de se trémousser debout, et d'ailleurs pourquoi ne pas faire glisser sa main dans l’eau. Sa main gauche là où son poignet ressemble à une boule de feu, à force de presser les cordes de la basse, hier il était au studio en train de travailler une chanson pour son deuxième album. Puisque c’est avachi, de guingois sur ses pattes qu’il fredonne, lui aussi il veut écrire des chansons et au lieu de contempler la surface en miroir de l’eau croupie qu’il essaye d' attraper à mains nues.

Blême et transpirant, il retourne dans la tente. Le fil de la musique le faisait en général descendre en lui même, surtout quand il est défoncé, et la musique du Groupe sculptait des paliers de décompression successifs qu'il traversait la gorge sèche en faisant des aller-retours mentaux vers sa nana, essayer de la comprendre, de se mettre à la place de ses emballements pour la seconde d'après refluer à l'intérieur de lui et se dire qu'elle ne valait pas la peine, que c'était mort et qu'il fallait s'en foutre, laisser tomber ses embrouilles tout de suite et s'extraire de ce bourbier. Ne plus cautionner, faire un pas en arrière, se défaire de ce corps à corps, la laisser dans sa merde...détaler pieds nus, courir sur une plage... le vent dans la gueule... et il hoquetait des ricanements rauques dans la foulée en se grattant la pliure du bras encore et encore.

Mais tu veux quoi dans le fond ? C'est quoi ta vie ? Ce concassage méthodique jour après jour, s’enfourner dans..., mais quoi....n'attendre que les moments où tu t'assommes de poison liquide pour ne plus sentir ton poids de chair, la densité des os, le raclage du gosier, aspirer à entrer dans le mur tête la première, l'os frontal s'effriter en premier...te couper de toute progression vers un monde meilleur, ne plus te rendre compte des autres, les autres que tu effaces, tu remplis tout avec ton manque. Ces pensées lui traversent l'esprit à grande vitesse quand il s'extirpe lentement de la tente au moment où éclate un orage. Des centaines de gouttes s'abattent sur son corps brûlant, elles chatouillent et tracent des sillons frais du front aux chevilles en dégoulinant des bras. Il ne voit plus rien et tend les mains en avant tout en marchant, il a envie de rire et basculer la tête en arrière pour s'abreuver de pluie quand les dernières gouttes tombent et puis plus rien. Il continue d'avancer les mains en avant. Il écarquille les yeux, le plus qu'il peut. Il heurte une paroi verticale, en passant la main dessus il lui semble que ça pourrait être du bois du bois. Pourquoi il ne voit rien ? La pluie est partie mais le noir est partout autour, avec ses ricanements et ses chuchotements. Au fond de l'obscurité un léger halo grisâtre flotte, comme une perle échouée en suspens. Mais lui il ne peut pas devenir aveugle. Il tourne sur lui même et tente de voir, la noirceur l'enserre de toute part alors ses mains touchent ses joues quand il pousse un grand cri.

On ne distingue plus la lune tant les cumulus se sont amoncelés. Brusquement tiré un tapis opaque vient d’éteindre le ciel. Il s'éloigne de la tente qui commence à se vider, les bruissements du périphérique nord bruissent dans son dos quand il s'approche du canal de l'Ourq. Alors ils pètent, les nuages, violente, la pluie dégringole, épaisse et tiède traversée par un gigantesque zigzag électrique qui cisaille l'horizon vers Stalingrad. Explosion. Le choc du tonnerre. Trempé jusqu'aux os, l'homme tressaille, pas eu le temps de trouver un abri. Ce n'est donc plus la peine de se presser. Il se retourne, un mur d'eau crépitant le sépare du chapiteau. Ça se tasse aussi vite que c'était arrivé, les dernières gouttes martèlent le sol. Il renifle le dos de sa main, une odeur d’eau croupie, il jette un coup d'œil aux reflets mouvants de la surface du canal. Il avance en frissonnant chaque pied pile devant l'autre comme un funambule aveugle sur une ligne de crête imaginaire, chaque pied de plus en plus vite sans se prendre la tête, telle une panthère lente au cœur de l'instant. L'homme part loin du lieu des autres, dé-aimanté de ce vieux monde braillard qu'il abandonne. La pluie a emporté sa peau usée, ses lambeaux moites que les rats rongeront encore quand lui en haut d'une dune neigeuse décochera une flèche lente vers ses lendemains désenchantés. Il va oublier la guerre, les trahisons, Alban, se fondre dans le pureté d'un décor de sable ou de poudreuse, il retire ses santiags trempées et ses pieds s'enfoncent un peu dans la boue, juste devant son visage une multitude de petits points blancs en lévitation, encore un petit effort. Il y est presque. Il sent l'odeur iodée des vaguelettes qui s'écrasent à ses pieds, des gouttes d'écume le régénèrent. Toute cette merde effacée et repartir, seul, repartir du point zéro.

 


 

 

 

CAMILLE PHILIBERT

 

 

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à Camille" :

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un texte d'Eric Dubois ( à la date du 4 janvier 2013 ) dans le cadre des Vases Communicants de Janvier 2013  .

 

 

 


 

 

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http://www.liminaire.fr/spip.php?article1148

 


 

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