Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les tribulations d'Éric Dubois- Journal.

POEMES INEDITS DE PATRICIA LARANCO

4 Janvier 2010, 22:16pm

Publié par ERIC DUBOIS

EMIETTEMENT.



Une respiration bleutée

régulière,

qui se soulève :

le matin est un grand poumon ;

la métamorphose hésite à

secouer les pans de son aile.

L’ocre est un incompris

tari

en lui le sang d’un oued à sec,

les pentes ridées, burinées ;

autre part, sur les carrefours

la pluie dépose ses sanglots

métallifères

et ceux-ci ruent,

ils ruent sur les vitres cloquées ;

des stations-service se succèdent,

la pluie les fait pleurer de biais

virage après virage,

ça va ;

tournant après tournant,

tu cherches…

tu écartes

ce qui t’encombre

ce qui se loge dans tes yeux vides

chaque arbre est une boule de bruine

à peine distincte des autres pelotes.

Quelque chose dérape

en bas

mais ça échappe à tes regards.

Tu jettes des coups d’œil hâtifs

comme si tu arrachais des herbes

les coteaux satisfaits d’eux-mêmes,

ventrus se contentent d’errer

à leur rythme : cérémoniel

le sommeil serpente en ta chair

attiédi par le flux sanguin

qui demeure le maître d’œuvre,

le maître-langage

sans voix

replié dans l’opacité

juste à la frontière

du dire.




13/09/2007.

 

 

 

****************

 

 

DECRIRE…



Le charivari d’un pays qui vous accueille.

La nuit tropicale enfle ses glottes autour.

La nuit tropicale descend de la pyramide. Arrachant le masque de peau que je portais. Pas à pas. Par degrés. Degré après degré.

Elle taille en pièces la satisfaction des touristes, leur attente naïve, pré-existante aux faits.

Des cercles concentriques. Émanés par ma chair. La pulsation. De convergence à divergence.

Le Monde, fait d’alvéoles, d’imbrications. De télescopages créateurs d’étincelles.

Le chaos des facettes, et des angles d’approche. L’ironie décapante des prismes moqueurs.

En observant le monde, que regardes-tu ?

Une forêt, un moutonnement d’apartheids.

Décrire, n’est-ce pas, à ce compte, condamné d’avance ?

Qu’est-ce, décrire ?

Eh bien, c’est rendre les choses plus absentes. Leur conférer une sorte de légèreté.

Leur ôter, je crois bien, ce poids, oui, tout ce poids. Pareil à de l’asphalte qui fond, sous la canicule.

Décrire, ou tirer un trait sur l’axe des choses. Les délivrer de leur propre axe, qui les poignarde. De leur centre de gravité, qui leur dénie tout sens.

Leur révéler à elles-mêmes leur propre marasme, leur propre charge de foncière inutilité.

Les choses, une fois décrites, errent dans l’espace.

Elles y déploient un gracieux ballet de pollen, de spores à la luminosité confondante.

Etre, c’est, toujours, se dérober, s’échapper.

Participer à la confusion de ce monde.

Cette confusion, alias ce charivari que, souvent, l’on voit rassemblé au fond des rues, rougeoyant, flou et, bien sûr, indéfinissable.

Ce qui se passe est ce qui a hâte de finir.

D’où, sans nul doute, la vanité de tout récit.

Car tout choix assassine les autres choix possibles.

Alors que la mer a un bruit vaste et puissant.

Alors que la nuit suffoque dans votre bouche. A l’égal d’un bâillon de vieux tissu qui pue.

La nostalgie sans objet résulte de ça.

De l’usurpation de ce qui se réalise.




03/07/2007.

 

 

PATRICIA LARANCO

 

 


 

 

 

 

Commenter cet article