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Les tribulations d'Éric Dubois. Journal de poésie.

LUNATIC ( TROISIEME EXTRAIT ) - ERIC DUBOIS

4 Août 2012, 14:45pm

Publié par ERIC DUBOIS

 

J'apprécie plus la bière que la présence lointaine de Catherine. Avec l'une ou avec l'autre, ça peut quand même me rendre malade. On devrait sortir. Observer le silence de la nuit. Elle rie. C'est romantique ou c'est à chier. Sourires. C'est du point de vue où on se place. Décidément, on ne voit rien. Aveugles. Tout se trouble, sans doute, des larmes. Et Catherine s'assied sur le tabouret. Les gens de dialectique ne se posent pas autant de questions. Encore à boire. Tu noies ton chagrin dans l'alcool ? Je te donne une dernière chance. Comment ? Embrasse-moi ! Ils s'enlacent.J'ai besoin de toi. Moi aussi. Si bon. Est-ce que tu m'aimes. Malgré moi. Égarons-nous . On va se perdre. Le mensonge vrai, frais, neuf. Chacun de son côté. Des clichés .

 


Captive. Étendue sur le parquet, endormie. Mais à une heure tardive, c'est facile de l'imaginer. Crains de ne vouloir la réveiller. Lunatic.

 


Paul me dit que je cours à la catastrophe. De quoi parle-t-il ? De Catherine-La Folle ? Janvier est le mois des frileux. Il faut se laisser aller, que je lui disais. Avoir envie de baiser quand les mots ne suffisent plus. Elle tournait légèrement la tête. T'as envie ? Oui. Pourquoi. Moi, ça m'était sorti de la tête. Et la patience est une forme de courage contraire au désir. Après quoi, silence de quelques minutes. Longues minutes. À quoi pensais-tu ? Une fille entre dans le troquet. Henri la regarde avec insistance. À nous. Ça t'arrive ? Surtout, la nuit. Et Catherine : je vois. De quoi parlions-nous ? De tout, de rien. J'ai oublié. Ta mémoire te fait défaut ? Je garde le passé pour les amis, au moment des confidences. Les amis aiment qu'on leur raconte des histoires. Et les histoires meublent le vide des discussions. On se raconte des histoires et le temps passe.

 


Catherine déteste jouer au Scrabble, seule. Pas d'émulation, pas de compétition. Elle n'a jamais été foutue d'aligner correctement des mots. Le jeu se solde par un geste habituel chez Catherine. La crise de larmes. Elle laisse tout en plan. Ne prend pas la peine de ranger, elle ouvre un tiroir, jette, si elle pouvait jeter son misérable corps et son âme de médiocre, sa défroque de bonniche, son tablier, mais non elle saisit tout ce qu'elle trouve et le réduit en pièces. Mais rien ne lui appartient. Et dehors, il fait trop froid pour vagabonder.

 

Le gosse dort. Pas de quoi avoir des montées d'adrénaline. Point de Vue Images du Monde ne la distrait pas. La mire de l'écran télé clignote. Le porto n'est pas dégueulasse. Jeune fille, brune, les yeux clairs, cherche. Cherche quoi ? Et qui ?

 

 


Et ce silence gêne. Héroique constatation. Une envie dingue de la prendre dans mes bras. Dis-moi, ça fait quatre heures qu'on est là, à user le parquet. Tu veux sortir ? Mais si ça te plaît alors...

Cette fille se montre. Qui ? Tu l'as vue avant moi.  Sourire de satisfaction. Circonstances. Je respire une odeur de cheveux mouillés. Je t'assure que non. Tu plaisantes ? Tu mens. Je dépose les armes.Tu as gagné. Duel au Soleild'Étienne Daho, en plein hiver. J'ai remporté une victoire facile, tu ne trouves pas ? La fille s'en va. Le barman essuie les verres et siffle un air, celui-là ,justement, l'air de rien.

 


Il n'y a plus personne. On a dansé sur ça. Dansé. Cela ne te rappelle rien. Quoi ? On a dansé sur ça.

Tu me draguais ET je ne te connaissais pas encore. J'essayais de te faire la cour. Rectification. Tes mains autour de ma nuque, j'ai craqué. Je veillais à ne pas trop te brusquer. Je n'attendais que ça, je ne demandais que ça. Alors, je t'inspirais plus que de la sympathie ? J'étais soûle. C'était où ? Chez Bertrand. L'été dernier. Comme la pub pour les préservatifs.

 


Elle gâche tout. Tout à l'heure, ce sourire de défaite, exécuté avec graĉe. Maintenant, elle mord ses liens. Je la regarde faire, hébétée, surprise. Je lui décoche une gifle qui la calme. Elle n'émet aucun son. Se contente de mâcher le chiffon dans sa bouche. Me défie de faire plus. Elle rentre sa colère, au dedans. Son corps tremble.

 

La nuit tombe sur Lunatic.

 


J'avais presque oublié. L'habitude laisse des stigmates sur les visages, l'usure des jours et des nuits. Dans la confusion des paroles, les gestes sont perdus, les premiers. Ceux qu'on ne doit jamais oublier. Les oublier serait mourir, cent fois mourir. Que s'est-il passé depuis. Tu ne te souviens plus ? Une fille nous a séparés, un mois, plus... Pourquoi ? Mais cette fille me tendait un piège et je n'ai pas su lui résister. J'ai glissé et elle m'a happé tout cru. Une inconnue, une pouffiasse, une raclure de chiottes.Silence.

 


La Locomotive vrombit. Paul a les yeux rouges. Je bois une tequila. Il y a des filles superbes. Même le plaisir de les regarder se mouvoir aussi aisément que des papillons de nuit te rend heureux. Plaisir égoiste... Si Catherine était là...Paul me dit de tenter ma chance. Il y a des filles superbes et je ne leur parle pas. Je n'entends rien.

 


Il y a longtemps que je ne dors plus. Il y a quelque chose qui traverse mon esprit et qui le déchire du bec et des serres, c'est un oiseau de proie chargé de menaces. C'est le Doute,Henri. La Fascination du Doute. AU-DELÀ DE LA DOULEUR. Qu'est-ce que je dis ? Et Catherine regarde ailleurs, comme sevrée d'affection, la fenêtre donne sur la rue et sur un soleil d'hiver.

 


Son étreinte est un morsure. Je suis convulsion. Je vois le début d'un rêve, toi la fin du rêve. Ces quelques mots, je les ai écrits. Je les ai écrits pour elle. Et tant d'autres? Ça l'amusait. Elle n'avait jamais rencontré un type comme moi. Paul : Alors ? Mais tu ne comprends pas ! C'est fini.

 


Lunatic. Styx. Je hais les sourires mièvres de cette fille. Son cul qu'elle exhibe comme une arme blanche. Je ne peux m'empêcher de la regarder. Je t'en supplie, arrête ! Elles disent toutes ça.

 

La fille ne mord plus ses liens. Elle ne s'agite plus. A quoi pense-t-elle ? Ombre silencieuse. Elle se sent seule. Elle redoute son absence. Si l'envie lui prenait de la laisser, elle se mortifierait.

 


Pourquoi évoquer le passé ? Il me faudra longtemps pour oublier, pour sortir de la rancune. Catherine ne retient plus ses larmes. Henri reste auprès d'elle, inutile. Ne dis pas ça ! Jetons les masques. Ne gâche pas la nuit. La nuit va dévoiler nos vrais visages. Il n'y a pas d'issue. Pas moyen d'y échapper. C'est irréversible. Mais si, je trouverai la solution. Il est tard pour en discuter. Tu occultes, c'est ça ?

 


Je n'occulte rien. Et tout ce fric dépensé pour toi. Tous les hommes sont des salauds. Ne me juge pas ! Les hommes ne connaissent rien aux femmes. Qu'est-ce qu'il te faut ? Vivre ailleurs. Partir.

Avant que la plaie ne suppure. Mais où ? On baise et on se quitte ? Qui t'a poussée à me suivre ?

Personne ! On doit cesser de faire semblant. Pourquoi éviter d'être moi-même ? Dois-je sourire pour cacher quelle sorte de type je suis . La vanité des vanités. Catherine, regarde moi quand je te parle !

Et Catherine tourne la tête. Le bar est rempli de célibataires aigris pérorant dans les vapeurs de l'alcool. Le silence envahit la nuit. Le silence se fait opaque. Miroir brouillé par les larmes. Et les paroles s'accrochent à d'illusoires récifs.

 


Le soleil se lèvera. Avant l'aube, on peut toujours partir. Fuir le râle de la ville. Tu oublies que je travaille ? Est-ce si important ? Je blêmis, à l'idée de tout quitter. Qu'as-tu à perdre ? Je rate quelque chose ? Maintenant, Catherine secoue la tête, par dépit. Donne-moi quelques jours. Non !

Que la folie de Catherine est douce avant que la cruauté ne vienne les pièger. Quand le chaos, tyran despote va les tenir sous sa férule. Des blagues. La vie importe plus que tout. Qu'on se parle avec les yeux. Les mots sont inutiles pour décrire. Catherine sourit. Affronter la réel mais le réel est loin, très loin, il dérive, il semble s'échouer. Il s'échouera avec nos illusions. Alors nous sommes condamnés ? Henri se met à ricaner. Quel gâchis ! Nous croyons bâtir de solides remparts mais ce sont des châteaux de cartes. Silence. J'ai rencontré quelqu'un . Hésité à venir. Peur de quoi ?

Éloignons-nous. Pire scène de rupture que celle qui semble si longue. Non on ne s'en ira pas.

Nos chemins se séparent. On n'a plus rien à se dire.

 


Lunatic. Déambule. Promène mes yeux comme le chasseur à l'affût, guette les mouvements de sa proie. Je suis amoureux, pas même dans un état d'égarement. Sûr que ça n'arrive pas tous les jours.

Me résoudre à la vanité de l 'existence. Catherine : je pense à elle et tous les jours.

 

 

 

( La suite à lire dans une prochaine publication ...)

 

 

ERIC DUBOIS

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