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Les tribulations d'Éric Dubois. Journal de poésie.

LUNATIC (SECOND EXTRAIT) - ERIC DUBOIS

24 Juillet 2012, 17:57pm

Publié par ERIC DUBOIS

 

 

 

Je ne suis pas venu pour te voir faire la gueule. Tu ne dormiras pas, cette nuit...Pas envie de dormir. Tu ne coucheras pas non plus avec moi. Tu veux me punir ? T'as saisi tout le fond de ma pensée...

Parfois tu fais preuve de clairvoyance. Étonnant de ta part...Me surprend...Catherine monte d'une octave. Furieuse. Catherine tripote sa montre-bracelet. Henri soupire. Il y a ces silences. Il y a ces notes. Qu'est-ce que tu as ? Mes règles. Tu plaisantes . Est-ce que j'en ai l'air ? Non mais ça nous avance à quoi ? Le genre de paroles qu'on échange après minuit. Le tabouret moite sous les fesses. C'est toi qui es la cause. Faut que tu en subisses les conséquences. Le problème, tu n'es pas tout seul. Il y a moi. J'ai attendu une heure mais je ne vais pas attendre que tu changes...

 

Le temps passé, c'est Disneyland. Après, c'est Lunatic. La lampe de chevet oscille faiblement. Après que la crise se soit déclarée et menée au terme de l'affection, qu'une certaine forme de solitude me pousse dans les affres d'un mutisme maladif et chronique, une certaine désespérance me gagne. Et je les regrette ces instants perdus, ces troubles fugitifs, ces occasions ratées. Amère amertume. La fatigue persiste. Brouille les mots. Les mots s'effacent. N'ont aucun sens. Abstraits. Je pleure. Catherine. Trop tard. C'est à ce moment-là qu'il faut écrire. Quand toutes les parties de votre corps sont tendues, quand votre esprit est dans le sac du vide. Écrire. L'écriture peut remplir le sac et transformer le vide.

 

 

Le gosse pisse dans sa culotte. Catherine le change. Il piétine le Figaro qu'il a déjà déchiqueté. Ses mains sont tachées d'encre, la morve coule de son nez. Piaffe,trépigne et court à travers la salle de séjour sans souci des objets et des meubles. Se roule en boule dans le sofa, oublie de fermer le robinet de la salle de bain. Ne répond jamais quand on l'appelle...

Bon. OK. Qu'est- ce qui ne va pas ? Et Henri le dit sans conviction à Catherine qui s'empresse de lui répondre.

 

 

         -Tu as le toupet de me poser cette question …C'est fini... Fini entre nous. N'insiste pas !

         - Va pas si vite. On était bien. On se parlait. On se comprenait. Et c'est pas si loin. Et maintenant, tu veux me dire que c'est foutu. Tout ça pour rien. Cette histoire ne mérite pas une fin aussi dérisoire...

 

Une fin aussi dérisoire. Risible . Il entend que c'est fini. Il n'entend que çà. Le refrain d'une chanson dont il se lasse, parce qu'il est tard. Le genre de paroles que les juke-boxes et les fm déversent à longueur d'année et qui fait danser.

 

           -C'est fini.

           - Non, ce n'est pas fini. Recommençons.

       -Je peux pas. Je veux pas . Je te dis que c'est fini... Ne sois pas aussi péremptoire dans tes propos, répond Henri, pendant qu'elle s’essouffle. Tu veux me précipiter dans l'impasse mais je ne sais pas ménager une sortie. Au-dessus de mes forces. Tu vas peut-être le regretter. Perdre quelque chose ou quelqu'un, ça fait mal...

 

 

 

Cette fille est impossible. Dire que je l'aime. Vous avez remarqué son déhanchement. Mécanique qui n'a pas droit à l'erreur. Tandis qu'elle court, moi, je rampe, je traîne. C’est comme ça et ça fait mal de quitter çà. Est-ce qu'un jour, béni des dieux, j'apprendrai à marcher ? Pour qu'enfin la suivre ne soit ni une épreuve ni un excès de zèle. Catherine quitte le comptoir et se dirige vers les toilettes.

Ce n'est pas un roman Américain. Henri se retrouve seul. Se frotte les yeux. Tard... Juste un peu fatigué d'une fièvre inconnue...Ou bien sonné... Plus qu'à descendre du ring pour s'éponger les yeux qui trempent dans l'acide des souvenirs et sécher ce qui reste d'un corps...Pas triste ! Non !

Le combat est truqué, métaphore usée d'un métalangage diaphane.

 

Lunatic. Elle est attachée par une corde, qui lui entoure le buste, comprime les seins. Assise au coin de la pièce. Pieds et mains liés. Bâillonnée. Une ampoule électrique, aux fils dénudés, suspendue au plafond, éclaire faiblement son visage. Je ne bouge pas . Je la regarde. Le sourire aux lèvres. Personne ne sait où je me trouve. Je lui rendrai visite. Lui donnerai de quoi se nourrir. Elle pourra dormir. En ignorant le temps.

 

 

 

 

Tant pis. Ça me fait déjà mal. Tu joues faux. C'est une jeu dangereux. Tu es lâche. Non. Je t'envoie des signes. Te tends la main. Prends ma main. Les gestes n'ont plus aucun sens et plus aucune valeur. C'est fini. Non. Accorde-moi quelques jours de réflexion. C'est de la surenchère. Crois-moi , c'est fini. La magie. Ça ne peut pas se terminer comme ça. C'est trop con. La faute à qui ? Tu m'en veux ? Il n' y en a plus pour longtemps et si longtemps veut dire quelqu chose, alors c'est passé. Faut que ça dure. C'est fini...Henri et l'effet Bang. Paul roule.Cosmique. Les accords du piano le poursuivent. Elle n'est pas là. Même toute l'énergie du monde ne surait pas me la faire revenir. On écoute Eight Miles High des Byrds. On va s'embrasser, trinquer, boire, fumer. Parce que c'est la nouvelle année. Et demain, on aura oublié.

Mais pourquoi suis-je toujours en retard ? Elle n'admet jamais que je sois en retard. A-t-elle peur ? Mais je suis là. Quand il faut, où il faut. Mais elle ne s'accommode guère du temps, non, qu'elle déteste le perdre. La nuit, la peur se niche dans vos chaussures. Et je la soupçonne de craindre de s'égarer.. Mais je ne dis rien. Laisse couler les heures, se répandre les jours et les nuits et c'est un ennui qui bâille. J'ai la vie devant moi. Et derrière, qu'est-ce que j'ai ? Pas grand chose.Alors, devant moi, j'ai pas grand chose. Trop bu ou pas assez ! J'aurais dû boire davantage pour tomber plus bas. L'enfer est souterrain, dit-on. Qui a inventé ce conte pour enfants pas sages ? Qui va actionner la rôtisserie pour moi ? Et qui m'a désigné ? Henri fait comme s'il prend à témoin un public imaginaire.Se met à rire en se tapant les cuisses. Et si elle ne revenait plus des toilettes ? Elle en serait capable !


Lunatic. Au pays des fantasmes, je séquestre une fille. Elle commence à sentir. J'aère souvent la pièce. Elle est jolie. J'éprouve à son égard une certaine commisération trouble. L'idée ne m'effleure pas de la touches. D'où sa confusion dans son esprit.


Se rencontrer plus tôt. Mais c'est trop tard. Avez-vous éprouvé un tel vertige, qui vous plonge dans le plus parfait mutisme et vous paralyse ? Non ? Et vous n'avez pas connu l'angoisse ? Pas encore. Mais si. Rappelez-vous ! C'est comme un coup de tonnerre qu'on n'attend pas . Et frappe toutes les mémoires. On peut en crever à moisir dans le passé, à vivre avec des images en papier recyclé, sinon, on peut continuer à vivre... Avez-vous connu les nuits de longues errances où la fatigue vous guide, submergé par des émotions étranges, des bruits de voix tout autour de vous, des apparitions magiques, des odeurs inconnues et où vous croyez pour une fois décoder le monde, comprendre Dieu et lui taper sur l'épaule ?

 

 

Le barman sert une pression. Henri commence à l'entamer.

 

 

( à suivre )

 

 

  ERIC DUBOIS

 

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