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Les tribulations d'Éric Dubois. Journal de poésie.

LUNATIC ( EXTRAIT) - ERIC DUBOIS

5 Juillet 2012, 16:51pm

Publié par ERIC DUBOIS

 

 

 

Lunatic est un récit écrit dans les années 1993-94. Conservé dans mes tiroirs, il est une sorte de rescapé.

Dans les années 80 et 90, j'ai écrit d'autres récits ( ou romans). Certains ont été détruits. D'autres sont entre les mains d'amis perdus de vue. Certaines personnes ont conservé des manuscrits et des tapuscrits : elle peuvent me contacter via ce blog, en allant tout en bas et en cliquant sur contact .

Je suis en train de retaper Lunatic et de le réécrire. Je me rends compte en le relisant qu'il était  prémonitoire et annonçait des déflagrations intimes , pas longtemps après, qui allaient changer le cours de ma vie.

 

 

L'auteur

 

 

 

 

 

Voici le début :

 

 

 

Elle bâille. N'arrive pas à dormir devant la télévision. Les couleurs crépitent mais ne retiennent pas son attention. Ne comprend rien aux images qui dansent devant ses yeux. Elle est nerveuse. C'est un euphémisme. Elle est inquiète. Ressemble à la lumière de la veilleuse, qui vacille, par instants. Si elle ne peut fermer l’œil, ce n'est pas à cause d'un mari retardataire et négligent. Son petit ami l'a quittée, il y a quelques jours.

 

Elle n'est pas chez elle. On lui a confiée la garde d'un enfant de sexe masculin, âgé de trois ans. L'enfant dort. La nuit ne fait que commencer.

 

 

 

Il plaque quelques accords sur le piano comme une écorché vif. Il se demande si quelque chose ne s'est pas brisé en lui-même ( comme l'on noie ses pensées dans ce rien qu'on appelle quotidien).

Peu importe s'il ne sait pas jouer. Redevenir le petit enfant de jadis, débarrassé du fardeau de son existence et de ses étranges pensées coupables, mais, c'est impossible, il se sent déjà dans la peau d'un autre. L'attente est odieuse.

 

Paul-Étourneau Perdu le fixe des yeux. L'objet attire Henri-Fumées Violettes.

 

 

     -Je t'avais bien dit qu'elle te ferait du mal.

     -Ferme-là !

     -Le Piano, c'est la Machine À Écrire Des Silences...

 

 

C'est occupé. Peut-être ne veut-elle pas me parler ? Elle m'a filé ce numéro, à la manière d'une hystérique, à la dernière minute. Je suis sûre qu'elle est schizophrène. Georges BEC-BUNSEN me jette un regard de connivence. Catherine-La Folle me rend dingue. Trop de souvenirs . Trop de confusion. Une foule de questions. Les quolibets et les calomnies, la risée des curieux. C'est mieux, le Piano. Même si je tape dessus plus que je ne joue. Il presque onze heures. Elle fait du Baby-sitting. J'ai dans la tête , cet air de Van Morrison . The Way Young Lovers Do, suivi d'un long silence. Ça, c'est quand je pense à elle. Quand la fumée me donne des larmes aux yeux, je suis vite émotif.

 

C'est la dernière fois qu'on se voit ? Cela dépend de toi. Je ne vois pas. Tu ne vois jamais rien. Tu es aveugle. Tu me files une cigarette ? Tiens. Il lui tend le paquet. Elle hausse les épaules... Laisser-aller... Des sirènes gémissent dans le nuit... À cet instant précis, il l'a trouvé jolie. Cette fille qui fume avec dédain. Ça lui va bien, ce surnom. CATHERINE -LA FOLLE. Parfois, elle n'écoute pas, elle n'entend rien, son regard vous traverse. Pas d'explication à donner. Une chance d'être avec elle, dans ces moments-là. Et elle vous demande de répéter.

 

Ce Monde-ci est sans Lumière. Ne craignez pas La Lumière Trop Vive du CHRIST ! À cette heure tardive, Catherine préfère le silence aux paroles des prêcheurs, même retransmises à la télé...

O.K, je suis jolie mais j'ai pas un rond . Je fais ce qui ne me plaît pas . Rien ne va. Il est onze heures. Personne ne peut m'appeler. Ne doit. Éteint le portable. Coupé le fixe. Je n'allumerai pas l'ordi et ne lirai pas mes mails. Oui, le Monde est dans l'ombre. Mais pourquoi l'ombre nous terrorise-t-elle ?

Catherine boit du café soluble, elle est à cran, ne peut demeurer assise trop longtemps. Alors que tout est calme, Catherine s'agite. Catherine est jolie. Ne se met pas toujours en valeur. Renverse le lait. Merde. Je suis une bonniche. Le gamin se réveille . Bonjour à Nintendo.

 

 

 

Pas besoin de tout ça. En fais toujours trop. Jamais rien dans la vie. Si c'est pour entendre ça, je préfère partir. Dit Henri. Une fille vous traite en roi, en mendiant. L'action se passe dans une bar du XII ème. La meilleure chose que tu sais faire. Fuir . Qu'est-ce que je fais avec toi ? Et je reste comme une conne. Et mon rouge à lèvre bave. Dit Catherine. Ils sont accoudés au zinc et se parlent de très près.Il la dévisage. Tu as enfanté un monstre difforme et sale. Seigneur. Et moi, est-ce que je compte pour toi ? Me fais-tu une place dans ta bulle ? Quand elle ne dit plus rien, c'est qu'elle ne trouve plus les mots. Pour qu'elle soit rassurée, je devrais la faire fumer. Le Palais Wurlitzer s'illumine d'accords en do, la mineur. J'ai l'air d'interroger le vide, à la recherche d'un quelconque oracle. Calme-toi. Je ne suis pas sans reproche, mais de là, à te figer dans un mutisme fabriqué et capricieux. À propos, tu as commandé ? Oui, avant que tu ne viennes pas. Tellement attendu.

Une heure, tu te rends compte ? Mais combien de fois es-tu arrivé en retard ? J'oublie jamais. Embrasse-moi. Pas question de perdre mon temps. Que fait-on ? Rien . Elle écrase nerveusemenr le mégot de sa cigarette, avec le talon.

 

Un œil immobile et froid m'observe . Là-bas des lueurs pâles. Mon père avait une arme dont il ne faisait jamais l'usage. Il lui restait une bonne cartouche, dans le tiroir de la commode. Je n'avais pas peur de la mort. En l'absence de mon père, je pointais le canon vers le fond de ma gorge et j'appuyais sur la détente. Je ne savais pas si l'arme contenait des munitions ou n'en contenait pas. Mon père est mort d'une crise cardiaque.

 

Paul joue Honky Tonk Woman. Avec des fausses notes, je n'ai pas remarqué. Elle a laissé ça pour toi. Un paquet de Camel. Mes lèvres se raidissent. Comme un enfant ne saisissant pas le sens d'une parole si elle ne lui est pas destinée, j'imagine le pire. C'est souvent un aveu d'impuissance devant la réalite. On interroge le vide.

 

Chaque jour, il faut réparer ce qui est cassé, panser les plaies. Ce qui ne saute pas aux yeux.Indélébile. Coriace. Poisseux. Qui vous donne des frissons glacés, le long de l'échine. Un baiser douloureux parce que perdu. Qui vous intime l'ordre d'en finir. Choisir la voie la plus dangereuse pour obtenir un semblant d'illusion. Décider et n'être sûr de rien.

 

Qui est Catherine ? Qui semble-t-elle être ? Elle se farde de manière agressive. Onze heures et demi. Parle à la glace de la salle de bain, nue, vide, reflets nus, reflets vides. C'est quoi, ces poches sous les yeux. Il lui faut peu pour créer la surprise des autres, susciter l'intérêt et l'émoi. Là, elle est insignifiante, petite. Ignore si elle est regardée, toisée, inspectée. Image condamnée au fugace.

Quand le doute s'immisce dans ses pensées, elle se prostre dans un coin de la pièce principale.

Envie de rien. Elle ne sortira pas. Ne répondra pas au téléphone. Le gamin est dans sa chambre.

Elle se mord un doigt. S'enchevêtre les mains. Ni sensation ni sentiment. Rien. Puis un serrement au cœur , un spasme, une douleur indéfinissable parcourt son ventre. Qui désarme l'analyse.

 

 

 

( à suivre )

 

 

 

 

ERIC DUBOIS

 

 

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