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Les tribulations d'Éric Dubois- Journal.

LETTRE A UN JEUNE POETE

13 Octobre 2010, 11:25am

Publié par ERIC DUBOIS

 

 





C'est banal de dire que le temps passe. Mais cela ne l'est pas de le constater. Métaphore facile du livre dont on tourne les pages. Métaphore facile de la déréliction et de la décomposition organique. Mais quand c'est dit autrement, alors là, c'est différent. Tout est dans la manière de le dire. Tout est dans le choix des mots. Jeune poète qui commence à écrire, je te conseille l'économie de la parole. La retenue plutôt que l'effusion! L'ellipse plutôt que les longues périodes! Une formulation claire et efficace plutôt qu'un phrasé ampoulé ! A moins que tu ne sois à l'aise dans des phrases proustiennes ! Jeune poète sois toi-même ! N'imite pas pour être à la mode ou bien pour plaire à un lecteur lambda. Ecris pour toi! Ecris ce que tu voudrais lire, ce que tu aimerais lire. Les années vont se charger d'affiner ton écriture par l'épaisseur de ton expérience. Bien entendu tu continueras à lire tes contemporains ainsi que les auteurs du passé. Sois toujours curieux et avide de connaître. N'oublie pas de jeter des passerelles vers la peinture, le théâtre, la danse ou la spiritualité...La poésie est une attitude, un modus vivendi. Catharsis et pratique intime, geste social et politique, la poésie doit accompagner tes pas et leur donner sens. Elle ne te conduira pas à la notoriété mais peut-être à une certaine forme de reconnaissance de tes pairs. La poésie est un sacrifice de chaque instant. Mais n'oublie pas que ce qu'on retient souvent de l'histoire littéraire c'est souvent une formule lapidaire, quelques vers de Racine ou de René Char!

Pense à ce qu'écrit Rainer Maria Rilke dans ses "Lettres à un jeune poète" ! "Cherchez en vous-même. Explorez la raison qui vous commande d'écrire; examinez si elle plonge ses racines au plus profond de votre coeur; faites-vous cet aveu : devriez-vous mourir s'il vous était interdit d'écrire. Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit; me faut-il écrire ? Creusez en vous-mêmes à la recherche d'une réponse profonde. Et si celle-ci devait être affirmative, s'il vous était donné d'aller à la rencontre de cette grave question avec un fort et simple "il le faut", alors bâtissez votre vie selon cette nécessité; votre vie, jusqu'en son heure la plus indifférente et la plus infime, doit être le signe et le témoignage de cette impulsion.*"









ERIC DUBOIS



 





* traduction de Marc B. de Launay. Poésie/Gallimard

 

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Nina 14/10/2010 10:15


Un seul mot :
Bravo !