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Les tribulations d'Éric Dubois. Journal de poésie.

Lecture : ESPRITS POETIQUES; 2. LE CAPITAL DES MOTS, éditions Hélices, 2009. - ARTICLE DE PATRICIA LARANCO

10 Janvier 2010, 11:45am

Publié par ERIC DUBOIS

"Le Capital des Mots", ce fut d'abord deux ans d'aventure poétique sur la toile , sous la forme d'un blog mis en ligne par l'entreprenant poète Eric DUBOIS fin 2007 qui, au fur et à mesure, est parvenu à se transformer en une authentique revue de poésie virtuelle, de fort bonne qualité.
Eric Dubois, qui se définit lui-même volontiers comme un "passeur de poèmes", a "réussi à y rassembler des centaines de textes", de façon à constituer "un panorama complet de la Poésie contemporaine de langue française". Un bel exploit !

L'expérience s'est soldée par "21 numéros mensuels, plus de 100 auteurs, des poètes et parfois des auteurs de nouvelles".
Mais, comme même les meilleures choses ont (qu'on le regrette ou non), une fin, cette belle oeuvre a dû également, au bout d'un certain temps, se clore. Elle n'est désormais plus alimentée mais toujours consultable en ligne (http://le-capital-des-mots.over-blog.fr) et à présent complétée, en guise de clôture, de conclusion, de "cadeau d'adieu"en quelque sorte, par une anthologie qui vient de paraître aux éditions Hélices. Dans sa préface, le responsable d'Hélices, Emmanuel BERLAND, lui-même poète, clame bellement que "sans lecture poétique du monde, tout s'écroule. Il reste l'irrespirable"
Pour illustrer ces fortes et au combien justes paroles, voici donc cette anthologie qui, quoique mince (48 pages), regroupe tout de même en son sein 22 poètes, tous publiés au préalable sur le site "Le Capital des Mots".

Ces 22 auteurs nous offrent la diversité de leurs styles et de leurs préoccupations, et l'ensemble, pour sa part, témoigne de ce qu'est, d'abord, la poésie : une LIBERTE; un souffle qui arrache à la terre; une sorte d'oscillation du réel sur ses bases, d'engouffrement du doute.
La poésie contemporaine est ainsi faite : de lyrisme feutré, de lézardement diffus, de quête du sens incertaine.
"cette brisure / qu'est la vie [...] la présence fugace", que pointe Max ALHAU, l'état "plus près / du réel que le réel" de Claudine BERTRAND, les "embrasures" d'Alain BOYER dont la lecture est un régal, la "beauté aux confins du doute" de Michel CASSIR, le "vide au coeur du / ventre qui en fait est trop-plein" de France BURGHELLE-REY, la remarquable "langue sans fin sans finalité" de P.CAZELLES, les superbes "soleils" de Denis EMORINE qui "révèlent" son "absence au monde", "la langue [...] toujours ailleurs / dans le non-dit /sans retour sur son orbite" et "le double versant des êtres / l'adret et l'ubac" de Charles DOBZINSKI, la "promesse / au seuil" de Laurent FELS, l'aveu, tout ce qu'il y a de révélateur, de Constantin FROSIN "Je [...] Bâtis mon être sur l'évanescence", la particulièrement belle poésie de Jean GEDEON ("nous réinventer / entre les cuisses d'or / des flammes éphémères"), P.KOBEL et ses "disparus" auxquels il n'a "que la force du silence" à "proposer", le désabusé "Savoir. / Que savoir ? / L'espace nait de la ligne" de P.LARANCO, le "dieu" qui "parle bleu nuit" / à celui qui / voit" de F-X MAIGRE
, Colette NYS-MAZURE qui préconise "Reste à guetter / l'apparition de la lumière", Stella VINITCHI-RADULESCU et ses "neiges au point fixe de l'histoire / une petite éternité à l'oeuvre", le charme de l'écriture de Thomas VINAU, qui, plaisamment, constate que "la vie passe devant nous / gentiment" et que "c'est plutôt drôle / de la regarder de dos".
Toutes ces citations n'apparaissent-elles pas, finalement, reliées par une sorte de fil conducteur subtil comme une eau qui court dans le sol, sous la roche, à la recherche de la clarté et de l'espace ?
Oui, ce petit livre est témoin de l'ubiquité pudique du poème.
On sent sourdre en lui - au travers de toutes ces voix d'hommes et de femmes habités par cette espèce de "verbe d' avant le verbe" qu'est la poésie, cette recherche sourde, friable, fragile d'une quintessence dont l'horizon recule sans cesse vers on ne sait quel infini.
Il apporte la preuve que, contre vents et marées, la poésie RESISTE.


PATRICIA LARANCO


Source : blog de Patricia Laranco, Patrimages , cliquez sur :

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